L’organisation de la Résistance dans le Grésivaudan

 

De nombreux mouvements de Résistance sont présents dans le Grésivaudan : les Groupes francs, les Francs-tireurs et partisans, les compagnies de l’Armée secrète (AS), etc. La vallée est le secteur VI de l’AS de l’Isère (organisation permettant aux résistants de lutter de façon coordonnée quel que soit le mouvement auquel ils appartiennent). En 1943, Alphonse Manhaudier « Évreux » est chargé par les Mouvement Unis de Résistance de regrouper les quelques camps, existants depuis 1942, en maquis organisés au-dessus de Theys. Début 1944, Albert Reynier « Vauban » est nommé chef du secteur VI de l’AS. Évreux s’occupe désormais de la logistique et de l’approvisionnement des maquis. Grâce à l’efficacité de ses responsables, la Résistance dans le Grésivaudan se structure très vite.

 

 

Albert Reynier, de la Résistance à la Préfecture

 

Né à La Motte-d’Aveillans en 1889, il est instituteur à Grenoble quand éclate la Seconde Guerre mondiale. Dès 1941, il s'engage au sein de la Résistance et du mouvement Combat. En août 1943, il est nommé chef de l’Armée secrète de l'Isère et prend le nom de « Vauban ». Il prend la tête des maquis du Grésivaudan après avoir échappé à la Saint-Barthélemy grenobloise. Lors de la réunion Monaco du 25 janvier 1944, il est désigné préfet de l’Isère par le Comité départemental de libération nationale (CDLN). Il occupe ce poste de la Libération de Grenoble jusqu’à sa mort en 1949 à l’âge de 60 ans.

 

 

Alphonse Manhaudier « Évreux »

 

Né à Saint-Rambert-d’Albon (Drôme) en 1900, le commandant « Évreux » arrive en 1943 dans le Dauphiné et prospecte les environs de Grenoble dans le but d’y installer des maquis. Il regroupe les premiers maquis du Grésivaudan et leur apporte la discipline. Surnommé le « père nourricier des maquis », il met en place une véritable organisation : État-major, service de ravitaillement, de santé, de renseignements, parc automobile et centres d’instruction. Il s’appuie sur les groupes francs pour constituer un stock de ravitaillement grâce aux tickets d’approvisionnement qu’ils volent dans les mairies. Il meurt en 1960 à Agadir (Maroc) lors d’un tremblement de terre.

 

 

La compagnie Stéphane

 

Militaire de formation, Étienne Poitau « Stéphane » est âgé de seulement vingt-quatre ans quand il créé le 9 novembre 1943, dans le massif de l’Oisans, un groupe de Résistance composé de sept jeunes volontaires. Rapidement, il définit son style d’actions : longues marches, mobilité extrême et entrainements intensifs. Après un passage en Chartreuse, la compagnie part pour Belledonne le 7 février 1944. En juin 1944, elle compte cent-trente-six hommes répartis en neuf groupes. Elle est à l’origine de très nombreuses actions armées contre l’occupant, opérant une véritable « guérilla en montagne ». La compagnie participe à la Libération de Grenoble, du Grésivaudan et de la Maurienne. Quelques années après, Stéphane s’engage dans la guerre d’Indochine. Pris dans une embuscade, il meurt le 4 avril 1952 à Hanoï.

 

 

La compagnie Bernard

 

Georges Manusset « Bernard » est né en 1913 à Rochefort-sur-mer (Charente-Maritime). Sous-officier de carrière, il profite en 1941 d’une formation dispensée à Voiron pour prospecter le massif de la Chartreuse en vue d’y implanter un maquis. En février 1943, il constitue avec 7 membres des Compagnons de France, le noyau de ce qui va devenir la compagnie Bernard. Celle-ci s’installe finalement en Belledonne où elle rassemble plusieurs petits maquis que Bernard organise et forme afin qu’ils soient opérationnels pour de futurs combats. À l’hiver 1943-1944, la compagnie compte 88 hommes répartis dans plusieurs caches lui permettant de mener des actions sur un large territoire. Elle participe à la Libération du territoire de l’Isère en combattant à Vizille et à Gières.

 

 

Groupe franc Petit-Louis

 

Fin 1943, Louis Clavel « Petit Louis » est recherché par la Gestapo, il quitte Grenoble pour se réfugier dans le Grésivaudan. Il forme en 1944 un groupe franc qui mène de nombreux sabotages dans la vallée. En juin, le groupe détruit un pont au-dessus de la voie ferrée entre Grenoble et Chambéry à hauteur de Domène pour bloquer les déplacements de l’ennemi. Ils lancent par la suite un train vide contre les gravats du pont, rendant ainsi inutilisable cette voie jusqu’à la Libération.

 

 

Dr Klein et Dr Michallon, les médecins des maquis

 

Né en Roumanie en 1906, le Dr Ludovic Klein « Clin » est nommé médecin-chef du secteur VI par Vauban en octobre 1943. Il a la responsabilité de l’hôpital de campagne créé dans un chalet au Pré-de-l’Arc. Il est rejoint, début juin 1944, par le Dr Albert Michallon « Buridan », chirurgien et futur maire de Grenoble. Pour des raisons de sécurité, l’hôpital est déplacé aux Sept-Laux à 2 000 mètres d’altitude. Plus de trois cents opérations y sont réalisées, ce qui est considérable au vu de son environnement et du peu de ressources médicales dont il dispose (eau-de-vie pour somnifère, eau bouillie pour stérilisant, etc.).

 

 

La compagnie Dax

 

Jean Berfini, est directeur d’entreprise à Voreppe lors de l’Armistice en 1940. Pressentant qu’il va entrer dans la clandestinité pour mener des actions contre l’ennemi, il cache des armes dans son entreprise. Il rallie le mouvement Combat en 1942 et finit par rejoindre le Grésivaudan. En 1944, Vauban le nomme chef de l’Armée secrète de la rive droite de l’Isère, où il devient le capitaine « Dax ». Sa compagnie mène des actions de sabotages des voies de communications, des attaques au Fort-Barraux et participe à la Libération du Grésivaudan en combattant les Allemands à Gières le 24 août 1944.

 

 

Francs-tireurs et partisans, 2e et 6e bataillons

 

Le secteur I des Francs-tireurs et partisans, commandé par Henri Riondel « Dubois », est composé des 2e et 6e bataillons qui couvrent la vallée du Grésivaudan. À leur tête se trouve respectivement César Terrier « Seyssel » et René Bœuf « Fontaine ». Ils ont pour missions d’organiser leurs troupes, de les ravitailler et de préparer des actions contre l’occupant : sabotages d’usines, de lignes à haute tension, de voies ferrées entre Chambéry et Grenoble. Le 27 juillet 1944 à Pontcharra, le 2e bataillon détruit un train blindé grâce à cinq-cents kg d’explosifs.

 

 

Abdon

 

Jeune parisien, Jacques Barré « Abdon » intègre les réseaux de renseignements de la Résistance dans le métro en 1942. En 1943, il rejoint les maquis isérois en formation puis la compagnie Bernard installée en Belledonne. En mai 1944, il passe dans la compagnie Stéphane où il est nommé chef de groupe. « Abdon » réalise des croquis pris sur le vif des maquis, précieux témoignages de l’identité et de la vie des maquisards lors des moments d’attente, d’action ou d’embuscade. Après la guerre, il devient architecte et muséographe. Il participe au recueil de témoignages dans les zones rurales, qui seront à l’origine du Musée des arts et traditions populaires.

 

 

La guérilla dans le Grésivaudan

 

L’ordre d’attaquer est officiellement donné suite au débarquement de Normandie le 6 juin 1944. La compagnie Stéphane opte pour l’option de la « guérilla en montagne » et a une capacité d’action sans pareille en Isère. Avec l’aide des compagnies Bernard et Dax, des groupes francs et des Francs-tireurs et partisans, elle interrompt notamment le trafic ferroviaire et routier entre Grenoble et Montmélian, coupant ainsi l’accès vers la Savoie et l’Italie. La guérilla consiste à harceler l’ennemi en lui donnant l’impression qu’il est attaqué de toute part, tout en étant invisible, dans le but de le démoraliser.

 

 

La libération

 

Les Alliés s’appuient sur la Résistance locale pour faire fuir les Allemands suite au débarquement de Provence le 15 août 1944. Même si Grenoble est libéré le 22 août, la vallée du Grésivaudan essuie encore quelques combats. L’ennemi capitule finalement le 24 août à Domène. Dans d’autres régions françaises, les combats se poursuivent jusqu’à la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie le 8 mai 1945.