Les lieux emblématiques

Découpage des secteurs de l’Armée secrète de l’Isère, 1944, coll. Musée de la Résistance et de la Déportation - Département de l’Isère

Le Nord-Isère s’étend de la région lyonnaise à La Tour-du-Pin. Par sa situation géographique, le territoire est plutôt tourné vers Lyon, berceau des trois grands mouvements de Résistance de la zone sud : Combat, Libération-Sud et Franc-Tireur. Du fait de cette proximité, ces mouvements s’implantent rapidement dans le Nord-Isère.  

En 1942, la Résistance s’est structurée en Isère. À l’initiative du mouvement Combat le territoire est découpé en différents secteurs, repris l’année suivante par l’Armée secrète (AS). Le Nord-Isère devient alors le secteur 7 du département du Rhône. Après l’opération de répression dite de la Saint-Barthélemy grenobloise, qui a lieu en novembre 1943, le territoire se rapproche de la Résistance grenobloise et prend le nom de secteur Rhône-Isère. La Tour-du-Pin et Virieu-sur-Bourbre lui sont ensuite rattachées. Claude Chary « Cordier », qui sera remplacé par Georges Ivanoff, est le chef civil du secteur et Joseph Fracassetty « Rémy » en est le chef militaire

1. Bourgoin-Jallieu

Carte postale de Bourgoin, 1907, coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère
L’occupation à Bourgoin-Jallieu

En novembre 1942, 150 Allemands s’installent à Bourgoin et Jallieu (qui seront fusionnées en 1967). Le détachement est composé de la Feldgendarmerie (police militaire allemande), de la Wehrmacht (armée régulière) et de la Kriegsmarine (marine). L’occupation pèse lourdement sur la population. Mais paradoxalement, elle craint moins les soldats de la Wehrmacht que la Milice française, davantage imprégnée des idées nationales socialistes et qui procède avec zèle à des actions violentes contre la Résistance du secteur 7.


La Résistance à Bourgoin-Jallieu

Ménie « Yvette » et Joseph Fracassetty « Remy », Claude Chary « Cordier » et Marcel Bonnet, habitants de Bourgoin, se réunissent pour la première fois en février 1941 au café des Marronniers pour constituer un premier groupe de Résistance, en lien avec le mouvement Libération-Sud de Lyon. En parallèle, le Noyautage des administrations publiques (NAP) se constitue et fournit notamment des informations à la Résistance. Il fait disparaître des dossiers administratifs ou créé des faux papiers grâce à ses membres présents dans les administrations. Certains postiers de Bourgoin s’organisent à travers le mouvement NAP-PTT (Noyautage des administrations publiques-poste télégraphes et téléphones) pour intercepter des lettres de dénonciations destinées à la Gestapo et ainsi éviter des arrestations. Des membres du personnel de la SNCF sont quant à eux chargés de repérer les mouvements des troupes allemandes à proximité de la gare de Bourgoin sur l’axe Lyon-Grenoble-Marseille.


La Libération : les jours décisifs du 22 et 23 août 1944

Après la Libération de Grenoble le 22 août 1944, les Allemands, pris en tenailles par la Résistance et les Alliés, sont fébriles à Bourgoin. Sa libération est un enjeu primordial pour la Résistance : elle est le dernier bastion tenu par l’ennemi avant Lyon.

Georges Ivanoff, chef des Mouvements unis de la Résistance (MUR) décide, en concertation avec les forces en présence, de libérer Bourgoin et Jallieu le 23 août 1944 afin de faciliter l’avancée des troupes alliées vers Lyon. 

Le 23 août :

6h30 : le bataillon Rémy se regroupe à Flosailles
10h30 : les Allemands sont alertés
11h30 : début des combats autour de l’église de Jallieu
11h45 : la majorité des troupes se met en ordre de marche
12h15 : elles rejoignent un groupe qui combat déjà les Allemands à la clinique de Jallieu
13h : reddition des Allemands réfugiés à la clinique
14h30 : les Feldgendarmes qui occupaient l’hôtel Chenavas sont neutralisés sur la place d’armes (actuelle place du 23 août 1944)
16h : les résistants investissent le collège, mais 150 Allemands défendent toujours les silos où se situe un entrepôt de la marine allemande
19h30 : installation de haut-parleurs pour les pourparlers
20h30 : sans que les combats ne cessent, les négociations sont ouvertes par les Allemands
22h30 : les Allemands capitulent, les deux villes sont libérées    

 

2. Crémieu, Marcel Petit ou les débuts de la Résistance dans le Nord-Isère

Marcel Petit
Marcel Petit, coll. CBR-Julien Guillon

Situé à la frontière des zones occupées par les Allemands et les Italiens, Crémieu est l’un des berceaux de la Résistance nord-iséroise.

Marcel Petit « Raoul » est une des figures majeures de l’organisation de la Résistance du Nord-Isère. Agent des PTT, il est mobilisé en 1939 et servira dans l’armée d’Armistice du régime de Vichy. À sa dissolution en 1942, il s’engage dans la Résistance au sein du NAP-PTT créé par le mouvement Combat. Dès lors, il recrute des personnes autour de Crémieu et entre en contact avec les figures de la Résistance de Bourgoin. Raoul intercepte également certaines communications afin de transmettre des informations aux mouvements de la Résistance lyonnaise. Il met aussi en place des maquis cachettes et repère des terrains pour de futurs parachutages.

Arrêté en 1943, il reprend contact avec la Résistance à sa libération. Il rejoint ensuite les Forces françaises de l’intérieur où il est nommé capitaine de janvier à mars 1944. Raoul est arrêté une seconde fois le 28 mars 1944 dans la ferme des Thievon, aux abords de Lagnieu dans l’Ain. Incarcéré à la prison de Montluc à Lyon, il est torturé puis déporté en Allemagne. Rapatrié en juillet 1945, il décède en septembre suite aux mauvais traitements qu’il a subis. La Légion d’honneur lui est attribuée à titre posthume en 1960.

3. Le château de Virieu-sur-Bourbre, des aristocrates en résistance

La Marquise Marie-Françoise de Virieu et le Marquis Xavier de Virieu devant leur château, années 1940, coll. Famille de Virieu

Le marquis Xavier de Virieu se distingue lors de la Première Guerre mondiale par de nombreux faits d’armes. Au cours du deuxième conflit mondial, il prend part à la campagne de France en 1940 en tant que chef d’escadron. Il est fait prisonnier avant d’être relâché à cause de son état de santé. À son retour, avec son épouse Marie-Françoise, ils acceptent de camoufler du matériel et des armes dans leur château à Virieu.

Entre 1942 et 1943, la famille cache deux familles juives. Ils sont dénoncés à l'été 1943 et contraints de quitter le château, avec l’aide des Sœurs de Notre-Dame-de-Sion. Ils se réfugient alors dans l'Ain, puis dans le Trièves, à Chichilianne. 

De la Libération à 1946, Xavier de Virieu est désigné par le général de Lattre de Tassigny pour diriger la troisième école d’Uriage consacrée à la formation des Forces françaises de l’intérieur.

 

4. La Tour-du-Pin, victime de la répression

La Tour-du-Pin, années 1930, coll. Musée dauphinois – Département de l’Isère

La Tour-du-Pin, d’abord rattachée au secteur 2 Chartreuse en 1943, rejoint le secteur 7 en 1944 suite à la réorganisation opérée par Auguste Vistel « Alban ». Le secteur est alors sous le commandement de Marius Recordier « Bastian ».

En 1942 et 1943, des Turripinois bravent les interdictions de Vichy, puis des Allemands, et fêtent le 14 juillet. Le 13 juillet 1943, « Bastian » et son groupe accrochent des drapeaux tricolores au sommet des plus hauts sapins du cimetière de la ville pour qu’ils soient visibles le jour de la fête nationale.

Le 10 mai 1944, plusieurs centaines de soldats de la Wehrmacht opèrent une action de répression contre la ville afin de trouver des résistants et des Juifs. Ils sont guidés par des miliciens de la région appartenant au groupe de Julien Berthon. Vingt-cinq Turripinois dont dix Juifs sont amenés au siège de la police allemande à Grenoble, où ils sont détenus une semaine. Si certains sont relâchés, treize sont envoyés au camp de Compiègne d’où ils sont déportés jusqu’au camp de Neuengamme le 4 juin. Seules sept personnes reviennent de déportation. Les Juifs sont quant à eux transférés à Drancy avant d’être déportés à Auschwitz-Birkenau d’où aucun ne revient. Le 16 mai 1944, quarante personnes sont prises en otage et transportées à Grenoble en représailles aux opérations menées par des maquisards.

5. Ambléon (Ain), le regroupement du bataillon Rémy

Joseph Fracassetty « Rémy » après la Libération, coll. Musée de la Résistance et de la Déportation – Département de l’Isère

Suite à leurs activités clandestines, le domicile de Ménie et Joseph Fracassetty « Rémy » à Bourgoin est perquisitionné plusieurs fois au cours du mois de juillet 1944. Ils décident alors de prendre le maquis avec une vingtaine d’autres personnes. Rémy  crée alors le seul maquis combattant du secteur 7. Le bataillon Rémy s’établit d’abord dans le bois de Moréau dans les environs de Saint-Marcel-Bel-Accueil avant d’être dénoncé.

Suivant la technique de la guérilla, le bataillon s’installe ensuite au lac d’Ambléon dans l’Ain où il rejoint le bataillon Peysson. Il mène plusieurs opérations d’embuscade et de sabotage sur les lignes ferroviaires de Grenoble-Lyon et Chambéry-Lyon au niveau de la gare de Saint-André-le-Gaz.

Le même mois, le camp du lac d’Ambléon est bombardé par l’aviation allemande. Rémy ordonne alors le déplacement du maquis à la Chartreuse-de-Portes, toujours dans l’Ain. Le camp déménage de nouveau le 16 août 1944 pour Montagnieu. Le 23 août, les troupes se rassemblent à Flosailles pour aller libérer Bourgoin et Jallieu ; seule ville de l’Isère à être libérée par la Résistance. Le bataillon Rémy  prendra ensuite part à la Libération de Lyon en septembre.